dimanche 5 juillet 2009

l'illusion et la réalité


Transcription partielle d'une conférence de Prem Rawat à Portland (Oregon)


Une illusion

La frontière entre ce qu’est la réalité et ce qu’elle n’est pas est devenue incroyablement mince, si mince qu’elle est presque imperceptible.
Il y a très longtemps, quelqu’un a dit : " Tout ce que voient vos yeux, considérez-le comme une illusion ".
Dans notre petit monde, nous avons créé des compartiments pour tout. Alors, quand nous entendons une parole profonde comme celle-ci, nous ne voulons pas en tenir compte, parce que les conséquences seraient énormes.
Par exemple, vous sortez de votre garage et vous dites: "Ma maison est une illusion" ; vous regardez votre femme : " Chérie, tu es une illusion " ; vous regardez vos enfants : " Vous n’êtes pas réels, vous êtes une illusion " ; vous marchez vers votre voiture et c’est une illusion. En fait, vous seriez pratiquement paralysés.
Tout ce que les yeux voient, c’est une illusion ? Alors que Dieu me garde de me voir dans un miroir ! sinon je serais une illusion...
Donc nous avons des compartiments et nous disons : « Voici une pensée profonde ». Un saint homme l’a dit et nous pensons : "Wow, c’est incroyable !" puis nous continuons comme si de rien n’était. Parce que nous ne voulons pas vraiment changer.


C'est vrai; et s'il vous arrive de vous voir dans un miroir et de dire: "Mon Dieu, suis-je aussi une illusion?", c'est le cas!

Une photo.

Je vais vous donner une analogie. A la maison, il y a une photo de moi lorsque j’étais tout petit. Je pouvais me tenir debout, mais j’étais très jeune. Un jour, j’ai vu cette photo, je l’ai regardée, et j’ai dit : " Où est-il maintenant ? qu’est-il devenu ? "
On pourrait me répondre : "Il est toujours vivant, c’est toi !"
"Bon d’accord, prenez une photo de moi, mettez-la à côté, vous verrez que ça ne me ressemble pas du tout". Sur l’ancienne, j’ai les cheveux bouclés, un jouet dans la main. Je suis complètement différent. Je me souviens, vaguement, mais je me souviens quand cette photo a été prise.
Alors, qu’est-il devenu ? Est-ce que j’étais réel quand cette photo a été prise ? et qu’est-il devenu ?
N’est-ce pas cela une illusion ? On voit quelque chose et puis tout à coup, c’est parti. Et on ne sait pas où c’est parti. Parce que vous pouvez chercher ce petit enfant dans le monde entier, dans le monde entier, et vous ne le trouverez nulle part.
Et quand quelqu’un dit que ce monde, aussi loin que porte votre regard, est une illusion, nous ne le croyons pas, nous pensons que c’est la réalité.

Les liens

Pourquoi est-ce que je vous parle de l’illusion et de la réalité ? Est-ce important ? Est-ce important que ce soit une illusion ou la réalité ? Oui ! Pourquoi ? Parce que je me vois en fonction de toutes les choses qui m’entourent. Si je ne voyais pas les liens entre ces choses et moi, pas de problème. Mais je suis prisonnier quand je vois ce lien.

Tout ce que nous croyons être réel ne l’est pas. Il y a ceux avec qui nous pensons être liés et que nous appelons nos relations, puis il y a ceux qui nous sont chers, que nous aimons. Sont-ils réels ? Ces liens sont-ils réels ?
Il arrive un moment où tous ces liens ont une fin. C’est comme ça. C’est ainsi. Il vient un moment où ceux que nous aimons ne peuvent plus nous rendre cet amour.
Alors pourquoi est-ce que je vous parle de liens, d’amour et de toutes ces bonnes choses ? Là où je veux en venir, c’est que si vous voulez avoir des liens, ayez aussi un lien avec quelque chose en vous. Et si vous devez aimer, trouvez l’amour qui est en vous aussi car c’est celui qui transcende les limites de ce monde. J’espère que vous comprenez ce que j’essaye de dire.

Quand vous allez manger chez quelqu’un, et que vous en repartez, qu’emportez-vous ? Bien sûr il y a encore de la nourriture dans votre estomac, mais qu’emportez-vous ? Le souvenir, le plaisir que vous avez éprouvé.
Apprenez à vraiment prendre plaisir parce que quand on sait prendre plaisir, c’est ce que l'on emporte avec soi dans un cœur comblé ; partout où vous allez, dans tout ce que vous faites, quelles que soient les circonstances, vous emportez avec vous de la joie. Mais si vous n’avez pas compris et inclus dans votre vie ce que vous êtes vraiment, ce vrai vous-même, alors oui, vous vivez dans un monde d’illusion parce que vous pensez que toutes ces choses seront là indéfiniment, mais c’est faux.

Le film de la vie

Un jour, je n’existais pas, aujourd’hui j’existe et un jour, je n’existerai plus. Illusion. Quelle illusion incroyable ! et toutes ces photos de moi quand j’étais petit, sont juste une suite d’images de la grande illusion ; mises bout à bout, elles forment une vie, une vie entière. Certains disent qu’elle passe trop vite, et c’est une chose difficile à appréhender ; tout dépend de l’âge qu’on a. Si on est jeune, " Oh mon Dieu, une année! ", "je dois attendre toute une journée ? " Une année paraît un siècle et pour un jour, on dit " oh mon Dieu, toute une journée ! "

Et puis quand on vieillit… car c’est une question de perceptions, de comment l'on perçoit, de comment l'on voit les choses.



La beauté

Apprenez à voir la réalité qui est en vous. Il y a quelque chose de réel en vous. Il y a quelque chose de beau en vous. Si vous devez être fasciné par la beauté, alors soyez fasciné par la beauté qui est en vous; l’adoration est faite pour ça : pour adorer la simplicité qui est en vous. Si vous devez comprendre une chose, comprenez ce que vous êtes, votre être. Si vous devez aimer, alors aimez ce souffle merveilleux qui vient en vous.



Et à propos, tout cela ne se fait pas inutilement, il y a une récompense. Si vous le faites, vous recevrez un cadeau.
Et savez-vous quel est ce cadeau ? La paix. Ce n’est pas un cadeau ordinaire que la paix; la joie : ce n’est pas un cadeau ordinaire que la joie ; l’amour n’est pas un cadeau ordinaire ; ce n’est pas un cadeau ordinaire que la clarté. La clarté, la gratitude, la plénitude, ce n’est pas un cadeau ordinaire. Est-ce que ça vous fait envie ?

Etre comblé...

Etre comblé dans cette vie, c’est la possibilité que nous avons. C’est la possibilité que nous avons. Vous avez le choix entre être ballotté sur l’océan des questions et nager dans l’océan des réponses. A vous de choisir. Et c’est un choix que vous allez devoir faire chaque jour. Rien n’est automatique. Ça vous plaît ? Parce que c’est ça la liberté. C’est ça la liberté.


La paix...

Beaucoup de gens disent : " La paix, la paix, la paix ".

Je parle de la paix. Je peux vous assurer que les gens ne comprennent pas ce qu’est la paix.
Ils pensent que c’est l’absence de guerre.
De quelle guerre ?
Ils pensent que c’est l’absence de guerre à l’extérieur. Deux pays se battent, ils font un cessez-le-feu et on dit qu’il y a la paix.



Ce n’est pas la paix. La véritable paix, c’est quand la guerre qui fait rage à l’intérieur s’arrête. Là, c’est la paix ; l’absence de cette guerre-là ; la guerre que vous vivez tous les jours, la guerre que vous vivez jour et nuit, la guerre dans laquelle vous vous battez, vous vous battez en sachant que vous ne pouvez ni la gagner, ni la perdre.
Drôle de situation, non ? Vous ne pouvez pas gagner car vous vous battez contre vous-même alors, même si vous gagnez, vous perdez.
Vous vous battez, battez, battez, et vous vous donnez des explications ; ce sont les armes que vous utilisez pour vous battre, vous expliquez, expliquez, expliquez… A qui ? A vous-même. Vous essayez de comprendre tout ça alors que le temps vous glisse entre les doigts. Vous essayez de comprendre, vous ne le pouvez pas. " Tout ce que j’ai fait, était-ce ce qu’il fallait faire ? Suis-je heureux, suis-je satisfait ? "
On ne peut pas répondre à ces questions avec la tête. La réponse doit venir du cœur.


Le souffle

Dans ce souffle, sentez que vous êtes chez vous ; chez vous. Dans ce souffle, trouvez votre paix. Dans ce souffle, trouvez votre cadeau. Dans ce souffle, trouvez votre clarté, votre gratitude, votre compréhension, pas en pensées, pas en mots, mais en le ressentant.

Solide est le lien qui vous relie au va-et-vient de ce souffle.

Avez-vous compris à quel point ce souffle est délicat ? Savez-vous qu’il est délicat ? Savez-vous à quel point il est puissant ? Il empêche cette poussière de redevenir poussière.

Quelle épaisseur a-t-il selon vous ? Il a l’épaisseur qui vous sépare de la poussière. C’est tout. Bien qu’il soit délicat, il est puissant. Puissant. Il vient, et durant un instant, vous restez en vie. Vous pouvez penser, voir, ressentir, comprendre, danser ; vous pouvez vous réjouir et oui, vous pouvez vivre. S’il s’arrête, plus rien.

A votre naissance, tout le monde y faisait attention ; avant votre naissance, tout le reste retenait l’attention : " garçon ou fille ? Comment allons-nous l’appeler ? Il sera plus tard docteur, avocat, ceci ou cela " ; toutes ces idées stupides.
Puis vous êtes arrivé et quand vous êtes né, savez-vous ce qui préoccupait tout le monde ? Respire-t-il ou pas ? Il y a un moment à la naissance d’un enfant où c’est le silence. Tout le monde retient presque sa respiration et veut seulement savoir : respire-t-il ? La mère, qui vient de vivre des moments épuisants, ne pense qu’à une chose ; le père s’il est là, le docteur s’il est là, l’infirmière si elle est là, et bien souvent aussi, un photographe.

Puis vous prenez cette première inspiration et il y a cette bénédiction incroyable; la première, c’est une bénédiction. Elle vous touche et vous êtes transformé en un être vivant. Vous changez de couleur : de bleu, vous devenez rose. Un message est envoyé au corps de la mère : plus besoin que le placenta envoie du sang au bébé, et l’afflux de sang s’arrête.



De la poussière

Puis viennent les « oin!-oin!-oin! »…Vous avez une raison de pleurer. Quand vous êtes bébé, vous avez une raison de pleurer ; quand vous êtes adulte, vous avez une raison de pleurer ; quand vous êtes âgé, vous avez une raison de pleurer.
Vous faites " ouin! ouin! " sans jamais comprendre la signification de ce souffle et au bout du compte, arrive le moment où c’est fini.
Quelqu’un entre dans la chambre si vous êtes à l’hôpital, regarde le moniteur cardiaque et s’assure qu’il n’indique plus rien, puis on vient vérifier si votre cœur s’est bien arrêté, si ce n’est pas un fil qui s’est débranché ; puis en dernier et le plus important, on vérifie la respiration. Respire t-il ou pas ? Quand elle s’arrête, l’histoire est terminée. Point final. On ferme le livre. Maintenant, plus personne ne veut voir votre visage, plus personne ne veut le voir. On le recouvre, même si vous êtes très beau. Il ne compte plus pour cette famille qui a aimé l’embrasser des centaines de fois. Plus personne ne veut le voir.


Si vous doutez encore que c’est de la poussière, arrêtez : parce que c’en est. Tant que la bénédiction est là, la poussière peut danser, elle peut marcher, elle peut parler, elle peut penser. Puis quand la bénédiction est partie, elle ne peut plus rien faire, absolument rien. Elle ne peut plus sourire ; si on la pique avec une aiguille, elle ne dit pas "aïe" , elle ne répond pas à " Chéri je suis là ! ".... Elle ne dit rien. Alors, ce qui est là-dehors est-il réel, ce corps est-il réel, ou quelque chose en moi est-il réel ? C’est là que la boucle est bouclée. Alors quand quelqu’un a dit : « Tout ce que vos yeux voient est une illusion », repensez-y. Peut-être n’est-ce pas aussi exagéré que ça. Mais vous êtes en vie. La connaissance est pour les vivants. Pendant que vous êtes en vie, reconnaissez cette joie dans votre vie. Reconnaissez ce potentiel dans votre vie.